Pablo Amaringo

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Pablo Cesar Amaringo (1938 – 16 novembre 2009) est un artiste péruvien , renommé pour ses représentations complexes et colorées de ses visions sous ayahuasca .

Pablo a travaillé comme végétaliste ,  chaman dans la tradition de guérison métisse , pendant quelques années. Jusqu’à sa mort, il a peint, aidé à diriger l’école de peinture Usko-Ayar, et a supervisé des retraites d’ayahuasca.

 

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Encantu Rumi by Pablo Amaringo - Howard G Charing & Peter Cloudsley

Entretient avec Pablo Amaringo source

Le 25 août 2000 lors d’un voyage en Amazonie Péruvienne à l’occasion d’un mémoire portant sur l’ayahuasca et le Pérou contemporain (sous la direction de Pierre Yves Jacopin – Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine, Paris III), je rencontrais Pablo Amaringo dans la petite école de peinture qu’il avait ouverte pour les enfants pauvres de Pucallpa. Ayahuasquero à la retraite, Pablo Amaringo est sans conteste le plus célèbre des peintres de « l’art chamanique ». En 2000, cela faisait 25 ans qu’il ne prenait plus d’ayahuasca mais continuait à en peindre les visions. Ses œuvres à l’huile ou au pastel, très vives avec des couleurs à peine diluées, regorgent de formes étranges, d’esprits et de serpents multicolores. A la date de l’interview, quelques-unes unes de ses toiles étaient exposées dans la sale « guérir » de la 5eme biennale de Lyon « Partage d’exotismes ». Un livre co-realisé avec son « ami » et ethnologue Eduardo Luna présente quelques unes de ses œuvres : Ayahuasca visions.

Quand et comment avez-vous connu l’ayahuasca ?
J’ai commencé à travailler avec l’ayahuasca depuis l’année 1969, je ne croyais pas dans ces trucs, sinon que, après avoir en avoir pris la première fois avec une dame,  je me rendit compte rapidement que l’ayahuasca pouvait nous enseigner, que c’était une plante maître (planta maestra) qui détient de nombreux esprits à l’interieur d’elle-même, je me rendit compte que c’était comme l’œil de l’univers, l’œil du monde. Cette dame ne m’a pas enseigné, ce sont les esprits de la plante qui m’ont choisit et c’est pour cela que cette dame s’est un peu fâchée contre moi m’accusant de lui avoir enlevé ses pouvoirs. Mais ces pouvoirs ont choisit ma personne.

Comment ces « pouvoirs » vous ont choisi vous ?
Il faut savoir que les pouvoirs d’un chamane peuvent êtres enlevés par un autre chamane quand celui-ci est plus puissant que le premier. Mais à cette époque moi je ne connaissais rien, je ne savais rien de ces choses, donc ce sont les pouvoirs qui ont choisit ma personne et j’ai alors continué avec eux.

Que contient l’ayahuasca ?
L’ayahuasca est un mélange d’ayahuasca (la liane en double hélice – Banisteriopsis caapi NDT ) et de chacruna (petit buisson généralement identifié sous Psychotria viridis NDT ). L’ayahuasca est le conducteur, si vous prenez un dessin par exemple l’ayahuasca en serait le trait, et la chacruna la couleur, la vivacité, la vie. Pour que ce soit complet, pour avoir toutes les visions, avoir les plus belles couleurs, il faut avoir les deux, l’ayahuasca et la chacruna.

Connaissez-vous différentes espèces de chacruna ?
Oui, il y différentes espèces de chacruna. Par exemple, la Huambisa chacruna (généralement identifié sous Diplopterys cabrerana NDT) est une chacruna très forte. De ce type là, il y en a près d’Iquitos mais pas ici. Il y a aussi la chacruna qu’on appelle ‘tigre chacruna’ (non identifiée NDT) , la ‘chacruna sencilla’ et aussi une espèce de petite taille.
Pour faire l’ayahuasca ce qu’il y  a de mieux c’est d’utiliser la chacruna naturelle, normale, celle qui tient de petites cases (boîtes, cajitas) de petits yeux en arrière de la feuille par en dessous, mais il y à l’autre, ‘la tigre chacruna’, qui est très forte et qui est réservée à ceux qui savent diriger, contrôler (manejar) l’ayahuasca. Pour la huambisa chacruna c’est la même chose. Mais si quelqu’un ne contrôle pas bien il faut faire très attention parce que beaucoup de choses peuvent arriver.

Qu’est-ce qu’une mère d’une plante ? Quels sont les esprits, les mères, des plantes ?
Les esprits sont par exemple, les mères (las madres). Chaque plante, chaque arbre, à sa mère; mais cependant, tous ne viennent pas pour enseigner, mais ils viennent quand le chamane les invite à la session (c’est à dire à la « maeracion »; la maeracion est l’ivresse causée par la prise d’ayahuasca. Elle anticipe et accompagne les visions NDT).
La mère d’une plante est quelque chose qui se positionne dans la plante. Ces mères peuvent se rendre petits ou grands. A l’intérieur de la plante. Ils sont comme l’âme cachée de la plante, c’est un esprit, comme une cellule, quelque chose de vivant et d’abondant. L’ayahuasca amène toutes ces sciences. La science de se rendre invisible, celle du logement par exemple (« alojamiento », savoir où se loge les esprits NDT ). L’ayahuasca contient beaucoup de sciences. Mais viennent aussi de bonnes choses comme de mauvaises. Entre autres viennent de mauvaises choses comme les esprits de l’hechiceria (hechiceria =  pouvoir de jeter les sorts NDT).

C’est à dire ?
L’ayahuasca attire le bien comme le mal. Le fait de la prendre vous donne du pouvoir. On peut alors choisir. On a le choix de devenir curandero ou hecicero, ou brujo. L’usage de l’ayahuasca se divise en trois disciplines :
-El curanderismo (ou art de la guérison NDT) sert à guérir à curer les personnes atteintes de maladies ou hechizadas ( hechizadas =  sur lesquelles on a déjà jeté un mauvais sort NDT )

-La brujeria (ou sorcellerie) qui sert à déranger perturber les gens par des potions de plantes élaborées depuis les indications données par l’ayahuasca. La brujeria ne tue pas.

-La Hechiceria (activité de jeter des sorts) lui est homicide servant à tuer les gens. L’héchicero est un tueur.

Il faut connaître la plante.

Comment se fait l’enseignement ?
C’est la plante elle-même qui t’enseigne directement. L’ayahuasca t’enseigne, te montre quelles sont les plantes à utiliser pour guérir tel ou tel mal et de quelle manière. L’ayahuasca enseigne comment alors guérir mais elle a aussi une action curative propre par le biais de chansons, d’icaros ( icaro = le chant opéré par le chamane pour diriger, contrôler le déroulement de la session NDT). On utilise simplement de l’eau et l’icaro. Mais si l’ayahuasca a une action curative seule, pour guérir il faut le recours des autres plantes que l’ayahuasca te montre…Quand on prend régulièrement de l’ayahuasca et qu’on commence à voir, on apprend à devenir « docteur » on apprend les propriétés des plantes, les remèdes appropriés à telle ou telle maladie qui se présente.

Comment doit-on se préparer pour les sessions ?
Lors d’une session, le chamane a une façon de se préparer. D’abord la diète, un régime particulier puis une série de choses importantes que le chamane ne doit pas faire. Par exemple il doit se garder de serrer la main.
Le patient peut la donner car il va être soumis à une action de curation (curado), le chamane non. Il ne doit pas le faire car certaines ondes peuvent passer et certaines personnes sont négatives. Le chamane doit se garder de ces ondes négatives avant de faire une action curative. Ces choses sont une série de constitutifs pour bien manier l’ayauasca. C’est un rite de purification. Il faut s’y résigner pour obtenir les effets que l’on cherche, pour que réussisse l’action de cure. Il faut faire tout en accord avec ce que demandent les esprits de l’ayahuasca. Donc, quand les personnes se réunissent elles ne doivent pas avoir mangé depuis une demie journée pour ne pas vomir. Le vomit est parfois utile nettoyer le corps. L’ayahuasca provoque aussi des diarrhées le lendemain, pour laver, purifier le corps. L’ayahuasca est une porte qui nous connecte sur les esprits, sur le règne spirituel.

Pouvez-vous encore me parler des esprits ?
Il y a des milliers et des milliers d’esprits. Des millions, c’est plein d’esprits. En réalité la vision du serpent est le symbole de la sagesse, du savoir (« la sabiduria »). Parce que, quand les êtres spirituels ont étés formés ils sont comme des serpents. Et nous-mêmes, quand nous nous formons dans l’ovule de la mère, nous sommes comme des serpents.
De plus l’ayahuasca est comme un serpent, c’est une liane. Lors des sessions il peut se passer beaucoup de choses jusqu’à danser, selon ce que veulent les esprits. Lorsque l’on est habitué à manier l’ayahuasca on peut même écrire en même temps que les visions.(…) Les gardiens de l’ayahuasca sont des humanoïdes à tête de tigres. D’autres esprits sont des personnages asexués mais avec des têtes féminines ou masculines et avec des lances circulaires qui se déplient quand on les lancent.

Avez-vous commencé à peindre avec l’ayahuasca ou étiez-vous déjà peintre ?
J’étais peintre déjà avant de découvrir l’ayahuasca. J’ai commencé à peindre depuis l’année 1958. Je peignais des paysages et des portraits. Mais quand j’ai commencé à prendre de l’ayahuasca les couleurs m’ont enseigné beaucoup de choses. Les choses qui nous tirent, qui nous capturent. J’ai développé la couleur grâce à l’ayahuasca.

Comment résumeriez-vous l’ayahuasca ?
L’ayahuasca est l’oeil cosmologique de la vie. Avec l’ayahuasca on voit tout et partout, dans la terre, sous la mer, à l’intérieur de la matière. Ce sont les esprits qui animent la matière, qui la cassent, on peut alors voir, s’en aller de son corps.
Les esprits font le mouvement des astres et gouvernent nos humeurs.

(…)

Cet article a été publié dans anthropo, entretients.
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